Histoire du drapeau Québécois

Armoiries et devise du Québec

armoirie_quebec.jpgAdoptées par mandat de la reine Victoria en 1868, les armoiries ont été modifiées par le gouvernement du Québec en 1939.

Sur l'écu :
- trois fleurs de lis d'or sur champ d'azur, souvenir du premier régime politique, à l'époque de la Nouvelle-France;
- un léopard d'or, symbole de la Couronne britannique, qui correspond au deuxième régime politique du pays;
- une branche d'érable à triple feuille, image d'un des principaux produits naturels du Québec.

Au-dessus de l'écu, un listel porte la devise emblématique du Québec, "Je me souviens".

La devise du Québec figure officiellement au bas des armoiries du Québec depuis 1939 mais elle était déjà utilisée depuis 1883, fruit de l'imagination et de l'initiative du concepteur de l'Hôtel du Parlement. En effet, Eugène-Étienne Taché avait prévu de placer les armes de la province au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement et d'inscrire, sous ces armes, une devise de son cru, «Je me souviens». Il prépara des plans à cette fin et ils furent annexés au contrat de construction passé le 9 février 1883 sous l'autorité d'un arrêté en Conseil exécutif du 22 janvier de la même année. C'est ainsi que la devise imaginée par Eugène-Étienne Taché a été «ratifiée» par le gouvernement québécois. Les armes que l'on peut observer au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement ne sont cependant pas celles que Taché a conçues. La base de la tour centrale a fait l'objet de réparations majeures, au début des années soixante, et on a malheureusement remplacé les armes qui s'y trouvaient depuis la construction de la façade, au milieu des années 1880, par celles qui sont en vigueur depuis 1939.

Que signifie la devise «Je me souviens» ?

Plusieurs auteurs ont cherché le sens profond de cette phrase peut-être trop simple. André Duval y voit la réponse d'un sujet canadien-français à la devise du marquis Lorne, gouverneur général du Canada, qui se trouve dans le vestibule de l'Hôtel du Parlement: «Ne obliviscaris» («Gardez-vous d'oublier»). Conrad Laforte croit que Taché s'est inspiré du Canadien errant d'Antoine Gérin-Lajoie («Va, dis à mes amis/Que je me souviens d'eux»). Ces interprétations récentes (année 1970) semblent avoir perdu contact avec celles qui circulaient au tournant du siècle chez des contemporains du concepteur de la devise et qui ont peut-être plus de chances de coller à sa pensée qu'il n'a malheureusement jamais mise sur papier. Le juge Jetté, dans un discours de 1890, évoquait les sentiments des Canadiens lorsque le drapeau français réapparut sur le fleuve en 1855: «Oui, je me souviens, ce sont nos gens». D'après Pierre-Georges Roy, cette devise dit «clairement le passé, le présent et le futur de la seule province française de la Confédération canadienne». L'opinion d'Ernest Gagnon, enfin mérite qu'on s'y arrête puisqu'il était le secrétaire du département des Travaux publics à l'époque et qu'il a bien connu Taché. Dans une annexe au rapport annuel du département, Gagnon a écrit que cette devise résume admirablement «la raison d'être du Canada de Champlain et de Maisonneuve comme province distincte dans la Confédération». L'interprétation de Gagnon est probablement très proche des intentions de Taché. En concevant la décoration de l'Hôtel du Parlement, ce dernier voulait rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont marqué l'histoire du Québec. Il ne faut probablement pas chercher plus loin: ce monument tout entier est dédié à l'histoire du Québec et, par cette devise, Taché ne voulait qu'exprimer en quelques mots ce qu'il avait prévu d'inscrire dans la pierre, le bois et le bronze.

Histoire du drapeau

Il y a cinquante ans, le 21 janvier 1948, à 15 heures, le drapeau fleurdelisé remplaçait l'Union Jack sur la tour de l'hôtel du Parlement, à Québec. Un décret du gouvernement du premier ministre Maurice Duplessis l'avait choisi, le matin même, comme emblème officiel du Québec. Ce "jeune" drapeau est cependant l'héritier d'une longue lignée. Conçu en 1902, sous l'inspiration d'une bannière découverte en 1848 qui, elle, remémorait un fait d'armes de 1758, il nous reporte aux lis des rois de France que l'on reconnaissait déjà aux environs de l'an mille.

Banniere royaleC'est sous Louis VII, roi de 1137 à 1180, que les fleurs de lis, utilisées depuis longtemps sur les sceaux royaux, viennent orner la bannière d'azur. Portée par un écuyer, celle-ci précède partout le souverain qui, seul, peut l'arborer. Sous sa forme la plus ancienne, l'enseigne royale est deux fois plus longue que large. Charles V, sacré en 1364, va réduire à trois le nombre des fleurs de lis sur la bannière qui accompagnera au combat tous les rois de France jusqu'à Henri IV (1589-1610).

drapeau national franceÀ Gaspé, le 24 juillet 1534, Jacques Cartier plante une croix portant l'écu royal à fleurs de lis mais, sur son navire, flotte le pavillon national de la France, rouge à croix blanche.
Le rouge est celui de l'oriflamme de saint Denis. Quant à la croix, c'est un souvenir de celle que les fantassins ont fixée sur leur cotte d'armes, afin de se reconnaître, en partant pour la troisième croisade, en 1188. L'habitude s'est perpétuée ensuite jusqu'à la formation d'une armée régulière, qui arbora la croix sur son drapeau, en 1479.

Ancien drapeau FranceDéjà, au temps de Cartier, un nouveau pavillon, bleu à croix blanche, concurrençait le rouge. C'est celui-là qui flotte sur le navire de Champlain lorsqu'il remonte le Saint-Laurent pour la première fois en 1603, ramenant les couleurs françaises en Amérique. L'explorateur est alors à l'emploi d'une compagnie de marchands. Or, un traité d'hydrographie de 1643 affirme que les navires de commerce " doivent porter un pavillon bleu à la croix blanche, l'ancien pavillon de la nation française " .
Les vaisseaux du roi, quant à eux, utilisaient déjà le pavillon tout blanc.

Etendard royalLe drapeau blanc est apparu en Nouvelle-France avec les premiers soldats du roi, en 1665. Il a flotté ensuite sur les villes et tous les postes de l'immense Amérique française. Mais le pavillon orné des grandes armes de France n'a jamais été utilisé officiellement. Cependant certains explorateurs, dont les frères La Vérendrye, désireux de faire plus grande impression, ont fait peindre le blason du roi de France sur le pavillon blanc qu'ils déployiaient lors de leur entrée solennelle chez les nations indigènes.

drapeau patriotesInspirés peut-être par le drapeau français, des comités de patriotes créent, en 1832, le tricolore vert, blanc et rouge du Bas-Canada qui connaît immédiatement la faveur populaire. En 1834, naît la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui en fait son drapeau.
On le décore souvent d'autres emblèmes caractéristiques du pays, notamment le castor, les feuilles d'érable, le maskinongé. Sa présence lors des combats de 1837 et 1838 lui confère un caractère révolutionnaire qui le discrédite totalement aux yeux des Anglais et amène son abandon en 1842.

drapeau carillonÉmotion au défilé du 24 juin 1848, à Québec : on y montre un grand " drapeau " (203 cm sur 307 cm) qui aurait accompagné l'armée de Montcalm lors de la victoire de Carillon (aujourd'hui Ticonderoga N. Y.) en 1758.
Sa forme et l'image de la Vierge indiquent qu'il s'agit d'une bannière religieuse. Les armes du marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France, permettent d'en fixer l'origine entre 1727 et 1732.
C'est néanmoins l'ancêtre direct du drapeau québécois. La bannière est exposée au Musée de l'Amérique française, à Québec.

drapeau francais1854 : la guerre de Crimée réunit la France et la Grande-Bretagne contre la Russie. À l'étonnement des Canadiens, les Anglais de Montréal et de Québec hissent partout le drapeau tricolore. L'année suivante, un navire français remonte le Saint-Laurent pour la première fois depuis 1760. Entrant dans le port de Québec sous les acclamations d'une foule immense, la corvette "La Capricieuse " renoue les liens entre la France et les Canadiens français qui adoptent le tricolore.
Il servira de drapeau à tous les francophones du Canada et des États-Unis jusqu'au début du XXsiècle.

drapeau baillargeAu début du siècle, de nombreux projets de drapeau viennent concurrencer le tricolore français. Des catholiques veulent revenir au blanc de l'ancienne France et l'orner du Sacré-Coeur auquel le pape Léon XIII vient de consacrer l'humanité. D'autres ajoutent au tricolore une feuille d'érable ou même le Sacré-Coeur.
Frédéric-Alexandre Baillairgé, curé de Saint-Hubert, propose un drapeau bleu semé de fleurs de lis d'argent et frappé au centre des armoiries du Québec, du castor et des feuilles d'érable. Il l'offre à six dollars l'exemplaire.

drapeau filiatraultLe 26 septembre 1902, le curé de Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, hisse sur son presbytère un étendard qu'il appelle " le Carillon " . Elphège Filiatrault a emprunté à la bannière du même nom ses fleurs de lis pointant vers le centre et sa couleur (que l'on croyait bleu ciel). La croix blanche est celle des anciennes enseignes de l'armée française. Le drapeau reçoit un accueil enthousiaste.
L'original de cette première version du drapeau fleurdelisé est conservé aux archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe.

drapeau carillon sacre coeurLe 24 mars 1903, à Québec, un "comité du drapeau " adopte le " Carillon " portant au centre le Sacré-Coeur comme emblème national des Canadiens français. Il est imité, quatre jours plus tard, par le comité de Montréal, puis par celui de Saint-Boniface, au Manitoba. Une campagne de promotion vient appuyer le projet qui ne fait cependant pas l'unanimité : plusieurs, dont l'inventeur du Carillon, déplorent que l'on mêle patrie et religion. Le drapeau continue néanmoins à s'imposer.
En 1926, une loi de l'Assemblée législative le donne pour emblème à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.

Au lendemain du conflit mondial reprend la campagne en faveur d'un fleurdelisé, désormais sans Sacré-Coeur. Le choix du " Red Ensign " par le Canada, en 1946, mal accueilli au Québec, amène le député indépendant René Chaloult à réclamer, l'année suivante, un drapeau répondant aux aspirations des Québécois. Le gouvernement ayant évité de se prononcer, Chaloult récidive avec une résolution qui doit être débattue le 21 janvier 1948.
À l'ouverture de la séance, à 15 heures, le premier ministre Maurice Duplessis rend tout débat inutile en annonçant que le fleurdelisé flotte déjà sur la tour de l'hôtel du Parlement.

drapeau quebecEn langage héraldique, le drapeau du Québec se décrit :
" D'azur à la croix d'argent cantonnée de quatre fleurs de lis du même ".
Ce qui signifie : sur fond bleu, une croix blanche entourée de quatre fleurs de lis de la même couleur.
L'arrêté en conseil du 21 janvier 1948, qui adoptait le drapeau officiel de la province de Québec, précisait "que les lis soient placés en position verticale", une disposition plus conforme aux règles de l'héraldique. Ce n'est que deux ans plus tard, le 9 mars 1950, que l'Assemblée législative donna son aval en adoptant la loi du drapeau officiel (S.R.Q. 1964, chap. 2, vol. 1).

 

SOURCE

Texte de Claude Paulette, auteur de la brochure "Le fleurdelisé", publiée par la Commission de la capitale nationale du Québec et les Publications du Québec, à l'occasion du cinquantenaire du drapeau québécois.

http://www.drapeau.gouv.qc.ca/drapeau/histoire/fleurdelise.html